Intermittents ou prix Nobel ? (suite)

Jules Hoffmann, Prix Nobel de médecine en 2011 (à gauche) et Jean-Marie Lehn, Prix Nobel de chimie en 1987 (à droite), viennent de signer une tribune dans «Le Monde» contre l'annulation de 256 millions d'euros de crédits pour la recherche et l'enseignement supérieur en France.
Jules Hoffmann, Prix Nobel de médecine en 2011 (à gauche) et Jean-Marie Lehn, Prix Nobel de chimie en 1987 (à droite), viennent de signer une tribune dans «Le Monde» contre l’annulation de 256 millions d’euros de crédits pour la recherche et l’enseignement supérieur en France.
Crédits recherche : le gouvernement fait marche arrière en catimini.

Source: Laure Bretton |  

L’annulation des crédits a été neutralisée par un tour de passe passe budgétaire.

Une grosse bidouille budgétaire pour sauver la face et couper court aux accusations de «suicide scientifique» préparé par le gouvernement. L’annulation de quelque 134 millions d’euros de crédits alloués à la recherche a été… annulée mardi après une mobilisation aussi brève que massive des chercheurs, prix Nobel en tête.

Lors d’une réunion à Matignon lundi, en présence de Bercy et de l’Education nationale, il a été décidé de basculer les prélèvements prévus sur de la trésorerie, des fonds de roulement et des fonds de réserve. En gros, prendre l’argent là où ça ne fait pas mal pour sécuriser les embauches et ne mettre en danger aucun programme de recherche. Ce qui a permis à la ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, de souligner in extremis «l’engagement total de ce gouvernement à sanctuariser les fonds de la recherche» mardi, lors de la séance de questions au gouvernement à l’Assemblée.

Tuer l’avenir

Dans un décret d’avance, présenté la semaine dernière, le gouvernement avait décidé de débloquer 1,12 milliard d’euros de crédits pour financer de nouvelles dépenses (plan emploi, fonds de soutien aux agriculteurs et allocations aux migrants), annulant en parallèle autant de crédits, dont 256 millions d’euros destinés à la recherche. Le CEA était impacté à hauteur de 64 millions et le CNRS en perdait 50. Ce qui revenait à «tuer l’avenir», selon l’expression de l’ancienne ministre de la Culture, Aurélie Filippetti. Au sein de la commission des Finances de l’Assemblée, droite et gauche (des socialistes légitimistes aux frondeurs de toutes obédiences), se sont unies mardi matin pour mettre la pression sur le gouvernement.

A l’unanimité moins quatre voix, les députés ont adopté un avis de la rapporteure générale du Budget, contestant le décret d’avance, pourtant impossible à annuler par le biais parlementaire… d’où le tour de passe-passe choisi par l’exécutif. «On a trouvé une solution technique totalement neutre pour la recherche et les chercheurs, explique à Libération le secrétaire d’Etat, Thierry Mandon. L’idéal eût été de ne pas susciter de telles craintes. Il faut maintenant entendre l’appel des Nobel à renforcer les moyens de la recherche dans le futur». En clair, la bataille du budget 2017 est lancée.

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