Quand les élites bradent l’industrie française

Résumé de l’article de Eléonore de Vulpillières : Entretien avec Jean-Michel Quatrepoint , paru dans Causeur le 09 février 2016.

quatrepointPour l’auteur du livre « Alstom, scandale d’Etat », nos dirigeants, politiques comme hauts fonctionnaires, ont une responsabilité majeure dans le déclin de l’industrie française.
Areva, Alstom, Alcatel mais aussi Vallourec ou STMicroelectronics sont en difficulté. Quels sont les points communs et les différences qui existent ?

  • Alcatel avait déjà été fusionnée avec le groupe américain Lucent.
  • Alcatel étant devenue l’ombre d’elle-même, elle a été rachetée par Nokia.
  • Alstom était un des quatre grands fabricants mondiaux de turbines servant à équiper les centrales. Il a été bradé à General Electric.
  • Areva était le géant de la filière nucléaire, est au bord de la faillite.
  • On oblige EDF à reprendre en catastrophe une partie des activités d’Areva, alors même que la santé d’EDF est médiocre.

On pourra toujours évoquer la crise ou les aléas économiques. Mais la responsabilité des dirigeants et celle de l’Etat sont écrasantes.

Exemple de SANOFI:

Sanofi, a vendu Merial, la pépite vétérinaire du groupe à l’Allemand Boehringer.
Le nouveau PDG de Sanofi, Olivier Brandicourt, est arrivé avec un golden hello, une prime d’embauche, alors même que le groupe licencie 600 personnes et sabre dans sa recherche.
il vend Merial pour en retirer 4,7 milliards d’euros et devenir le leader mondial du médicament sans ordonnance. Merial était la part la plus rentable du groupe : on vend ce qui rapporte et ce qui est stratégique pour l’agriculture de demain, et ce, dans le seul but de financer un plan de rachat d’actions.
Les plans de rachat d’actions sont une aberration industrielle. C’est une destruction de valeur et de capital : le « capitalisme autophage ». Quand on a du cash, on investit.

Exemple de la cession branche énergie d’Alstom à General Electric.

Sur le dossier Alstom, j’ai rarement vu des gens mentir avec autant d’effronterie. M. Immelt avait promis la création de 1 000 emplois industriels en trois ans. Le 24 septembre 2015, à Belfort, il avait même parlé de 1 500 emplois. C’était la contrepartie pour obtenir la garantie de la Coface pour des contrats en Arabie saoudite et au Brésil. Une fois la fusion entérinée le 2 novembre 2015, on a annoncé un plan de suppression de 6 500 emplois en Europe, soit 20% des effectifs d’Alstom-Energie.
Immelt s’est engagé auprès de ses actionnaires et des marchés à atteindre un taux de retour sur investissement de 16%. Pour atteindre ce pourcentage, il faut faire 3 milliards d’économies. D’où les licenciements. D’où également le rabais de 300 millions sur le prix de vente, consenti subrepticement cet été par Patrick Kron.
GE ne respectera pas ses engagements de création d’emploi.

Les responsables, merci, ils vont bien: Mme Gaymard vient d’être remerciée de son poste de directrice de GE France, après avoir bien servi les intérêts du groupe américain. Patrick Kron est parti avec armes et bonus. Tout comme Grégoire Poux-Guillaume, qui avait initié la négociation avec GE parti en novembre pour prendre la direction de Sulzer.

Exemple: Vallourec:

Son PDG, Philippe Crouzet, énarque, n’a pas su anticiper les évolutions du marché, n’a pas pris les bonnes décisions au bon moment, a minimisé l’ampleur des bouleversements apportés par les gaz de schiste. Il se tourne alors vers l’Etat pour renflouer l’entreprise. En toute logique, avec un tel bilan, l’Etat aurait dû exiger son départ, avant de mettre la main à la poche. Il n’en a rien été. Il a été reconduit à la tête du directoire. Serait-ce parce qu’il est le mari de Sylvie Hubac (ENA promotion Voltaire) qui fut trois ans directrice du cabinet de François Hollande ?

« Les énarques sont toujours arrogants mais, hier, ils étaient un peu plus compétents »

Toutes ces erreurs de management, cette absence de vision stratégique par l’Etat se sont traduits par des centaines de milliers de suppressions d’emplois qualifiés, par des déficits commerciaux abyssaux, par une perte de substance de notre pays

Sources: Eléonore de Vulpillières | Jean-Michel Quatrepointcauseur.fr

 

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