Une élite de jean-foutre

lion

L’insoutenable légèreté de l’Inspection des finances

Jean Peyrelevade publie le journal de ses années à la tête du Crédit lyonnais, témoignage accablant de l’irresponsabilité de l’État et des énarques !

Le slogan  du C.L. « Le Crédit lyonnais ou le pouvoir de dire oui ! »
1988: Jean-Yves Haberer nommé président du Crédit lyonnais.
1993 à début 1995: Jean Peyrelevade:  l’État lui a confié la mission de sauver le Crédit lyonnais de la faillite.

Sources:Christophe Servan | Wikipedia | Pierre-Antoine Delhommais |
Le livre: « Journal d’un sauvetage », de Jean Peyrelevade.| Jérôme Béglé |

Crédit lyonnais, ou le symbole d’une élite de jean-foutre

  • Au final, ce naufrage bancaire aura coûté  14,7 milliards d’€ aux contribuables.
  • Jean-Claude Trichet, autorité de tutelle en tant que directeur du Trésor à l’époque des faits, est devenu président de la Banque centrale européenne.
  • Haberer, président du Crédit lyonnais  a été condamné à une amende de 59 000 € (au titre de sa présidence d’Altus Finance). Cette condamnation est la seule sanction pécuniaire qui incombera à l’ancien banquier.
  • Novembre 1993, Jean-Yves Haberer a été remercié et nommé président du Crédit national, où il ne restera pas.

Pourquoi rien n’a changé?

Devinette : qui est l’auteur de ces propos peu amènes sur la façon dont en France les élites politiques et administratives dirigent l’État ?

« Aujourd’hui comme hier, les mêmes connivences, la même consanguinité, le même opportunisme, la même absence de responsabilité, la même incompétence que l’on oublie de sanctionner produisent et continueront à produire les mêmes effets délétères. »

Qui ose parler en termes aussi persifleurs de ces « hauts fonctionnaires organisés de manière ancestrale en mandarinat et qui, sélectionnés très jeunes parmi les plus brillants, les plus talentueux (ou supposés tels) d’une génération, sont en outre l’objet à leur sortie de l’Ena d’une dernière distillation qui envoie à Bercy, où est géré l’argent public, la crème de la crème : les inspecteurs des finances accompagnés de quelques membres de grands corps d’État de niveau similaire » ? Eh bien, non, ce n’est ni Jean-Luc Mélenchon ni Marine Le Pen, c’est Jean Peyrelevade, lui-même ancien haut fonctionnaire et ex-patron de l’UAP et du Crédit lyonnais.

L’avenir

Pour se rassurer, on pourrait se dire que tout cela est de l’histoire ancienne. Les énormes difficultés financières actuelles d’Areva, d’EDF ou encore de la SNCF prouvent le contraire : rien n’a vraiment changé. Mais le message le plus inquiétant de ce Journal d’un sauvetage, c’est celui qu’écrit Jean Peyrelevade lui-même à la fin de son introduction :

« Le système français de gouvernement centralisé par des élites consanguines doit être profondément changé. À défaut, ses défaillances répétées ne pourront qu’alimenter un populisme de plus en plus menaçant pour notre démocratie.« 

Tous coupables, mais personne n’est responsable

La banque doit être recapitalisée. Ce que Peyrelevade obtient au prix d’une bataille homérique et d’un volontarisme exemplaire.
Au-delà des problèmes budgétaires que ce chèque posait à l’État, le sauvetage du Lyonnais soulevait – et soulève toujours – la question de la responsabilité de la faillite qu’aucun des acteurs ne veut endosser.

  • Pour les uns, on ne met pas en cause l’autorité d’un inspecteur des finances,
  • pour les autres, l’effet médiatique serait très mauvais, et
  • pour les politiques enfin, l’incidence sur les élections risque de s’avérer désastreuse.
  • Le tout sur fond de jalousie et petitesses des établissements rivaux, Société générale et BNP, fief de l’Inspection des finances, qui n’ont eu de cesse de militer pour la disparition pure et simple du Crédit lyonnais et le sacrifice de ses salariés.

On aurait pu se consoler en pensant que cette affaire date d’il y a 25 ans, et que les parcours de bâtisseurs comme Francis et Martin Bouygues, Vincent Bolloré, François Pinault (propriétaire du Point) ou Bernard Arnault, démontrent que le capitalisme français est entré dans l’âge adulte. Mais force est de constater que ces entrepreneurs sont des exceptions. Rien n’a vraiment changé. L’État refuse de s’adapter. Il vient encore de le démontrer en bloquant la fusion entre Orange et Bouygues Telecom, au mépris de ses propres intérêts, à savoir la valorisation à terme de son patrimoine.

Conclusion

«À 75 ans, (Jean-Yves Haberer)   l’homme qui a défrayé la chronique financière française coule une retraite paisible dans son château du XVIIIe siècle dans la Somme», notait en 2008 Le Parisien, en ajoutant qu’il «dispose également d’un appartement parisien dans le XVIe».

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